Où Gabrielle lisse du doigt son écritoire

Il n'y aura cette fois pas de déménagement à la cloche de bois.
Après tout, de la station de radio en passant par la couleur des tentures et jusqu'au choix des cadres suspendus, tout cela n'émane que de mes propres doigts.

Je ne prendrai pas même le soin d'archiver dans un petit coin mes derniers feuillets.
De toute façon, je ne relis jamais mes écrits et ceux-là ont la particularité de m'être dorénavant indifférents.

Et puis surtout, comme la vie me dévore déjà, il y a aura sans doute d'autres mots.
Mais ces derniers me fuyaient depuis si longtemps qu'il me faut avant cela renouer avec l'intimité qu'ils requièrent pour se laisser apprivoiser, attraper et jeter sur le papier.

Un jour prochain, je le crois.

Sans ne plus jamais dire ce qui n'appartient qu'au rêve ou ce qui tient du vécu.
Car il importe peu de savoir de quoi mes songeries seront faites.

Passées ou à venir, prétendre qu'elles ne tiennent que du réel reste toujours un mensonge
Il est pure gageure que de penser que les émotions ne sont pas constituées de mirage !
C'est ce qui fait leur force.
Et aussi leur douceur.

Il y aura donc d'autres mots pour les emprisonner celles-ci une fois encore.
Entre vertige et abandon.
Entre mensonge et vérité.
Parce que, bien que l'on s'en défende, les mots ne se situent jamais ailleurs qu'entre ces deux garde-fous, entre ces deux garde-corps...