Gabrielle uniquement

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mercredi 19 décembre 2007

Exquis plaisirs byzantins

Où Gabrielle ne se raconte plus d'histoires

La ceinture du Sultan

Baptême

Elle l'avait, sur elle, fait ruisseler brûlante.
L'eau avait noyé sa honte ; le crin avait étrillé sa peau et biffé sa pudeur ; la lame acérée avait parachevé de la démasquer.
Lisse et plus nue que jamais, elle était devenue les mots qu'elle égrenait en secret, qu'elle couchait sous pseudonyme, qu'elle vivait sous alibi.

Aux marches du Palais

La porte était entrouverte, pourtant elle frappa.
Elle frappait toujours. Elle marquait ainsi la frontière :
Devant la porte, c'était elle.
Outrepassée celle-ci, elle était Gabrielle.
Elle frappait toujours. Elle marquait ainsi son rang, le revendiquait. Car il n'est pas de plus altière manière que d'embrasser le joug de son Sultan, le front haut et le corps déjà pantelant, priant qu'on le châtie, qu'on le rompe et que ce faisant on le donne en pâture à ses plus obscurs vertiges.

Le siège du Gouvernement

Flambeaux et chandelles projetaient peur et lueurs sur les draperies, les sofas, les tapis. Encens évidemment. Il n'était désormais plus d'autres repères que les siens. Il était le maître des lieux, le maître du monde — et surtout le sien.
Mais pour l'heure le Sultan la voulait punir, la voulait non pas servile mais fautive. Peu en importait la raison, par la seule volonté monarchique Gabrielle se savait coupable et en accepta le décret avec pour seule protestation un faible et apeuré gémissement. Alors dans l'abyssal silence de la situation dont chacun mesurait l'inexorable, perverse requérante de l'arbitraire sanction, elle baissa elle-même ses effets.

Reins creusés et croupe tendue, les secondes se décomptent au métronome...


Quand le Sultan entre en voie de condamnation

Reins creusés, croupe tendue, les secondes se décomptent au métronome...
Reins creusés, croupe tendue, les secondes devenaient chamade, le temps s'était fait brimade.
Tintements de boucle metallique.
Glissements furtifs.
Chacune des extrémités de la ceinture qui le ceignait fût bientôt étroitement empaumées.

Gabrielle attendait. Terrifiée par l'inédite discipline, perversement curieuse d'en goûter le cuir autant que la nouveauté, l'imagination déjà tourbillonnante de scènes dont elle n'osait pas même se faire la protagoniste. Elle ne l'avouera pas ; même son souffle ne trahira rien d'autre que son incontestable effroi mais les rives de la douleur ne furent plus exquises que délibérément offerte à la sombre sangle, fesses tendues, dos bandé pour mieux la sentir s'imprimer, pour mieux l'entendre claquer et plus encore d'obéir à son ordre de ne point bouger, de ne point protester.
Et s'il n'est qu'un plaisir à garder c'est celui de la caresse de la paume qui remontait en haut de l'épaule le soie du vêtement avant de s'abattre sur elle, sanglée d'une longue et sévère boucle de cuir noir.
Divin vertige... Arquer le dos pour mieux jouir d'elle et de la main qui la tient. Des images obscures tirées de ses plus anciennes et infâmes rêveries, des contes cruels dont elle savait embellir ses songes d'enfants, elle tirait une ivresse insoupçonnée.

Gabrielle faisait fi de sa crânerie. Gabrielle ravalait sa morgue. Gabrielle s'avouait à elle même combien son plaisir était grand.
Gabrielle fait fi de sa crânerie. Gabrielle ravale sa morgue. Gabrielle sait qu'elle doit maintenant avouer à son Sultan combien lui complaît sa ceinture glissant le long de ses passants avant de la faire danser dans une ondoyante et lente correction.

Où l'organe du pouvoir se fait clément

C'est ici aussi qu'elle doit lui confesser qu'ainsi domptée, bientôt emplie de lui, bientôt broyée par l'étau de ses doigts auxquels, sur son ordre, elle offre son buste, la plus soudaine, la plus exquise et la plus puissante des voluptés la balayera de ce monde... pour y revenir plus soumise et débauchée que jamais...

mercredi 17 octobre 2007

Rêveries & appétits

Où Gabrielle s'oublie à espérer...

bougie

Dîner aux chandelles.
Lumières troubles et incertaines.
Délicieuses promesses de débauche.
Avant cela, cependant...
Oui, avant cela connaître mon rang — ressentir son privilège...
A son ordre, je baisserai mes effets et sur ses genoux j'exposerai ma nudité.
Qu'alors le châtiment soit à hauteur de mon vice.
Que les lueurs fragiles tressaillent sous l'air de ses soufflets.
Que les flammes frissonnent sous la profondeur de mes soupirs.
Il est le maître — du temps — et de la couleur de ma peau.
Ce n'est qu'intimement convaincue de la force de ses prérogatives que permission me sera consentie de m'attabler en compagnie d'Icelui.
Sans autre récompense que celle d'attendre, éperdue et soumise, les promesses de débauches de ce chandelier baigné de lueurs vacillantes.
Son irradiante brûlure pour impudique parure.

mardi 26 septembre 2006

Supplique et débauche

Où Gabrielle musarde dans ses pensées.


Je ne sais trop si ce sont les souvenirs qui s'estompent.
Je devine aussi qu'ils s'enfouissent profondément pour se dérober à la narration.
Les mots encensent tout autant qu'ils trahissent.
Il est parfois surprenant de constater que pour des gestes identiques, certains parviendront à se décliner sur tous les tons quand les mêmes n'atteindront pas même une ébauche de balbutiement au prétexte — galvaudé mais non éculé — de la plénitude des sentiments.
Alors je le reconnais, à défaut de le clamer, que les silences ne signifient pas nécessairement  vacuité.
Et de silences à soupirs il n'y a qu'un pas.

Je ne sais si ce sont les souvenirs qui s'estompent.
Parfois ils sont si enchevêtrés qu'ils sont inextricables.
Je me souviens du lit et des liens qui me liaient à lui.
Je me souviens du lit contre lequel mes cris s'étouffaient parce que, décidément, ce sont les silences et les soupirs que j'aime.
Je ne me souviens de ce qui les provoquaient.
Sa main, peut-être.
Oui, sa main, je souhaite que ce soit elle.
Et qu'elle soit nue.
Rien ne brise mieux les silences que les percussions des corps à corps.
Peau contre peau.
Cuir tendu contre main forte.
De sa main que je désire tant je ne suis plus très sûre.
Mais de sa voix, elle je m'en souviens bien.
Elle a vibré dans l'air comme mon corps sous sa battue.
Elle a sonné comme le chant de l'oiseau de proie débusque sa proie
      « Tends-toi »
Et je l'ai goûté comme la plus énivrante, la plus envoûtante des voluptés
De sa main je ne suis pas sûre.
Mais sa voix, elle, elle résonne encore.
Etourdissante vibration de plaisir.
D'abord de l'entendre puis de lui obéir.
Par pitié, débauchez-moi encore...

Crédit photographique : celui que je nomme mon Galant

jeudi 31 août 2006

Les cornes du diable ou la chaleur de l'âtre

Où Gabrielle est nostalgique

l'âtre





Crédit photographique : celui que je nomme mon Galant

dimanche 30 juillet 2006

Poste restante

LIS-MOI... — LIE-MOI !

Gabrielle, folle à lier...

lundi 24 juillet 2006

Démons et possession

Où Gabrielle ne veut pas être délivrée du mal.
Cérémonie

Par pitié, donnez-moi la nuit. Intense, profonde. Celle qui porte le bruit des outrages au firmament.
Une nuit noire que ne perceront que des cierges couleur de sang.

Enveloppez-moi de silence. Épais et lourd. Celui qui offre un écrin aux sons des flagellations.
Un silence où l'envie devient plainte.
Un silence où le désir devient clameur.
Un silence où l'on ne sait si l'on doit prier pour qu'il prenne fin ou pleurer parce qu'il s'éternise.

De l'encens brûlera.
L'encens des liturgies et des cérémonies.
Ce ne sera que par sa seule fragance que je vous saurai là.

Exorcisme

Éperdue et animale je m'offrirai à l'imposition de vos mains.
Par elles, je me laisserai lier.
Liée si serrée que le souffle me manquera.
Liée si serrée que déjà je vous craindrai.
Crucifiée par votre volonté, à elle je me plierai.

Envoûtée, je convoiterai alors les sangles qui viendront nourrir mes démons.
Inexorablement et sans prêter attention à ma litanie de "non", vous tracerez sur mon corps des signes de croix comme autant de signes de foi.
Vous m'offrirez les marques de votre sortilège, celui par lequel je n'appartiens plus à moi-même.
Implacablement, vous prendrez alors possession de moi.
N'écoutez pas mes prières.
Ne faites montre d'aucune miséricorde.

Adoration

Amenez-moi au delà de moi-même.
Faites taire mes mauvais génies.
Délivrée d'eux, laissez-moi coite et soumise.
Démontrez-moi que je n'appartiens qu'à vous-même.
Nourrissez-moi de la magie qui nous a réunis et qui apaise si bien mes tourments.
Ses seuls vertiges suffiront à suspendre le temps.

mercredi 28 juin 2006

Deux boucles enchâssées, un seul souhait



deux boucles enchassées

jeudi 8 juin 2006

S'oublier


S'oublier — ardemment, voluptueusement
S'abandonner à lui — passionnément, avec un élan que l'on ne soupçonnait pas
Se tendre, s'offrir, se livrer à celui dont je me suis rendue éperdument captive
Se révéler, se vouer.
Redouter et puis quérir la main qui s'abat.
Sentir ses sens s'affoler, les tourments de la brûlure qui bientôt me consumeront de plaisir.
Goûter l'enivrement m'envahir et bientôt m'enflammer.
Se délecter du plaisir qu'il procure, précieux état où l'on parvient au parfait équilibre entre pâmoison et souffrance.
Perdre la raison et prier pour qu'il me violente son content.
Être à lui, ivresse sans cesse renouvelée.
Être à lui ce n'est pas disparaître, c'est se permettre d'enfin exister.


Crédit photographique : celui que je nomme mon Galant

vendredi 19 mai 2006

Affût et expectative


quand les rayons perçent un nuage
Crédit photographique : Michal Koralewski

vendredi 21 avril 2006

Envie


jeudi 20 avril 2006

Attendre

Où Gabrielle égrène le temps
une horloge en plan très, mais vraiment très serré
Crédit photographique : Maarten Uilenbroek

Attendre.
L'attendre
M'attendre aussi.
Se nourrir des souvenirs riches d'espérances
Sentir la faim m'envahir
et la soif me mordre.
Attendre et laisser l'envie, parce qu'elle peut s'exposer sans crainte, devenir besoin.
Étrange liberté de n'avoir aucun enjeu que celui du plaisir...
Facile et fascinant.
Mais qui ne s'affranchit pas du temps...
Attendre, certes avec appétit ;
Mais attendre, indubitablement.

vendredi 14 avril 2006

Déposition en main courante



Me voilà donc au mitan d'un train, rougissante au milieu de tous ces gens, repensant à ses mains.

Revivre leur grain, celui si fin de la pulpe qui court légère et douce le long d'une courbe tendue.

Revivre leur fermeté, celle des doigts qui enserrent le poignet, celle qui fermera la bouche de cuir, celle du bracelet ou du collier.

Revivre leur agilité, celle du chemin qu'elles font courir à la corde le long de mes avant-bras ou de mes reins.

Revivre leur patience, celle qu'elles prennent à ne pas se hâter, celle dont elles usent pour ouvrir les portes les plus reculées et celle qu'elles conservent lorsqu'elles les forcent.

Revivre leur générosité, celle qu'elles prennent parfois à rassurer. Celle dont font toujours montre ses mains tant attentives aux soupirs, aux souffles de plaisir ou de crainte.

Revivre leur force, celle la paume qui s'abat sûre et claquante sur mon corps apeuré mais gourmand, celle qui cingle et qui zèbre l'albâtre de lanières noires et polies, celles qui prennent ce qu'elles veulent de moi, moi qui ne demande que cela.


A la main chaude, je veux bien jouer. Et à la main courante, je reconnais mon immense culpabilité d'en raffoler.


Crédit photographique : Davide Guglielmo