Gabrielle uniquement

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mercredi 13 février 2008

saintes douleurs

Celles que Gabrielle aime tant...
une pince sur un sein

Ascenseur
En silence. Avec ce qui n'est plus de l'assurance mais de la nonchalance, sa main se lève, écarte le corsage et puis la soie.
Je sais.
Et je ne sais déjà plus si je la redoute ou je l'attends.
Esquisse d'un geste — Ebauche de dérobade — Ardente prière pour qu'il poursuive son geste...
La course est sûre et ne souffre pas les détours : je loue ses démons de n'avoir cure de mes atermoiements...
Je suspends mon souffle. Je suis sa main, je respire avec elle.
Je la sais sans apprêts, sans liminaires.
Alors sans le dire, sans même oser le soupirer, je l'espère d'airain, peut-être brutale, toujours sévère.

D'un index et d'un pouce et du temps qu'il faut à sa main pour franchir l'air qui le sépare de mon sein, de fière et conquérante, il m'a fait sa soumise.


Douleurs exquises.


Cruelles et froides, je suis prisonnière de leur calvaire.
Plus rien d'autre n'a de prise que le mal qu'elles m'infligent.
J'implore.
Tyranniques, leurs morsures règnent sans partage.
Sous leur joug, nulle jouissance s'épanouir ne peut.
J'implore.
Je prie. Je pleure peut-être. Je ne sais.
Charité.
L'une d'entre elles sera démise.


Chuchotements, remerciements. Reconnaissance troublante d'avoir été pour partie graciée.
Questionnement et murmures.
Confidences.
Je sais combien mes maux lui sont doux.

Reconnaissance troublante de m'en faire le don, de fière et conquérante de me faire sa soumise.
J'implore
J'implore alors de recouvrer la morsure honnie.
Jouissance de lui faire don de mes maux, de lui appartenir si ardemment.


Plaisirs exquis des saintes douleurs.


lundi 26 novembre 2007

Hammam

Où Gabrielle pousse la porte du Sultanat...

bougie

Sur la pierre chaude languissaient des femmes, nues pour la plupart, resplendissantes de sueurs et de vapeurs. Recroquevillée quant à moi j'étais. Car l'abandon est un combat où je ne connais qu'un seul vainqueur : mon éminent Sultan. La femme aurait  pu être ma mère. Sa langue m'était aussi inconnue que ses mœurs. Sa main gantée de crin sût pourtant obtenir de moi l'immobilité la plus figée : En suivant les marques qu'il avait tracées sur mon corps elle empruntait dès lors son autorité... celle du Sultan souverain de ma chair et de mes pensées. 

vendredi 7 septembre 2007

Le simbleau, son centre et son franchissement

Où Gabrielle s'interroge sur les vertus de la désobéissance
  • Savourer le tracé de la ligne, la rectitude du trait, la profondeur de son tracé. Il est la limite en deçà de laquelle la sanction s'espère.
  • Mesurer son imperium, la force de son commandement, la rigueur de son enceinte.
  • Timidement allonger le pas — puis le franchir comme on trébuche — délicieusement emplie de la conscience de son méfait.
  • Ne pas même imaginer se taire, sans pourtant oser le clamer — Pas plus qu'on acclame sa forfaiture on ne réclame sa sanction.
  • Simplement on goûte ces deux là... exquisément...

dimanche 2 septembre 2007

Gabrielle et Icelui

Où Gabrielle retrouve l'envie d'écrire. Et surtout le plaisir d'icelui.

banc à fessées

Renouer.
Renouer les mots.
Surtout.
Nouer ses doigts de nouveau.
Les tordre. Une fois encore.
Se tordre.
Nouée au bois.
Se tendre.
Les mains inexorablement jointes autour de ce qui fût une rampe. La rampe sera désormais un étal où s'offrent les soupirs interdits, les désirs coupables ; le pal où se reçoivent les punitions promises.
Nouée à la voix qui a chuchoté que viendrait la rançon de la désobéissance.
Nouée au souffle rugueux des promesses tenues, nouée au silence du moment venu, nouée à l'espérance inavouable d'être vaincue.
Dorénavant, désobéir n'aura plus le même sens...
Etrange notion d'obéissance dont l'essence m'envoûtaient sans pourtant que j'ose m'en faire l'aveu...
Dorénavant, désobéir n'aura plus le même sens...
Peur et espérance — Réddition et rédemption — Désir et respect —
Respecter l'injonction. Ou choisir de s'y soustraire. Ce sera désormais dans la parfaite conscience de la rançon qu'elle recèle :  les soupirs tûs, le corps tendu, les plaisirs rauques de la souffrance dûe et bientôt la certitude d'être vaincue.
Désir et respect — de l'autre.
Comme il y a des fragances qu'on ignorait de respirer de trop près, il y a des mots dont le ridicule s'effâçat. Maître fût de ceux-là.

mardi 13 février 2007

les maux emmurés

Où Gabrielle lève les yeux...



Un mur où poser ses avant-bras pour mieux s'offrir.
Un mur pour étouffer ses soupirs, dissimuler son plaisir.
Un mur que l'on griffe avec délice, où l'on s'abîme, où l'on s'oublie.
Un mur que l'on embrasse toujours en levant les yeux.
Un mur pour tout abonnage...
Le mur qui surplombe le sabbat serait-il son seul avenir ?

Et en toutes choses, faut-il considérer la fin ?

lundi 28 août 2006

L'âtre et l'être

Quand les vertiges se disputent à l'abandon.
Quand ils furent si puissants que Gabrielle aurait cru rêver.

Gabrielle et l'âtre

Avant-propos et apostrophe

Que vous soyez fidèles des mauves de ces cahiers, accidentels, épisodiques ou intermittents de ceux-ci, je réclame votre indulgence pour le récit qui s'ensuit.
Gouffre et havre. Apogée et abîme. Éden et brasier.
Les faits que j'évoque furent tout cela à la fois. La puissance de ses vertiges a ravi ma conscience, brigandé mon corps et détroussé mon cœur. Ils ont chassé mes doutes pour m'habiter de magie et de sortilèges. Ensorcelée suis-je désormais et donc piètre chroniqueuse.


Prélude irrépressible

Il y a eu les yeux qui s'espèrent, les mains qui se cherchent, les bouches qui se trouvent. Il y a eu les regards qui se voilent et se dévoilent, les bouches qui se taisent mais qui avouent, les corps qui se capturent et se cramponnent. Il y a eu d'abord tout cela. Déjà folie. Déjà vertiges. Ardente avidité de l'autre qui ne souffre rien d'autre que la brûlante satisfaction de se saisir, de s'agréger et de s'embraser.

Ce n'est que plus tard, beaucoup plus tard, que l'âtre s'est de nouveau enflammé, et avec lui, les chandelles, l'encens et la fougueuse véhémence qui nous hante.


Présentation et oblation

La lourde table de chêne recouverte d'un drap blanc brillant sous l'intensité de ses yeux gourmands fût la dernière chose que je vis avant que le bandeau ne vienne m'offrir la nuit profonde. Frissonnante et offerte j'ai senti les cordes creuser ma taille pour épouser au plus près le linge encore immaculé puis étarquer mes poignets pour me priver inexorablement de la protection de mes bras. Ceux-là seront tendus aux confins de l'autel de fortune, dénuement suprême où sont tenus mes seins. Les sangles de cuir sont alors venus emprisonner mes chevilles, puis accueillir la corde qui les a irrésistiblement élevées vers le ciel. Éperdue d'être si étroitement corsetée, aussi apeurée qu'hatelante, des cordes que je n'attendais plus ont alors parfait la belle ouvrage : étroitement plaquée, largement écartelée, inéluctablement assujettie et intimement béante, j'ai perdu le compte des sangles et des contraintes pour ne m'en souvenir que d'une seule dont l'énoncé a soudain interrompu les battements de mon coeur pour mieux laisser l'ivresse et la fièvre inonder mon esprit. Un noeud de cuir à l'extrémité de chacun de mes seins les attelait à chacune de mes jambes m'astreignant à maintenir celles-ci ouvertes et immobiles en toutes circonstances sauf à m'infliger à moi-même la sanction de mon indocilité.
Je savais désormais que rien ne viendrait plus s'immiscer entre l'offrande dont mon corps se délectait de devenir et sa volonté désormais affranchie de pouvoir en disposer à loisir. Et les yeux clos, le corps vaincu, captif et libre désormais puisque voué à son seul désir et à sa folie que j'appelle secrètement de mes vœux, j'ai goûté à l'ineffable et coupable plaisir de cette magie-là, j'ai oublié le reste du monde pour n'être plus que la quintessence de ce moment parfait, équilibre absolu entre ce que je n'étais déjà plus et ce qu'il allait bientôt prendre de moi. Pur instant d'éternité.


Chaos et dextre

Les vertiges qui s'ensuivent furent si riches et si puissants qu'ils se troublent autant qu'ils m'ont troublée. Il n'y aura pas de catalogue, il n'y aura pas de collection ou d'inventaire. Il n'y aura que les éblouissantes sensations que j'en ai conservées dans un désordre qui m'habite désormais. Tourmentée, je l'ai été plus que jamais. Plus que je ne l'avais jamais été. Ce que j'ai goûté pourtant était bien moins malheur que don, était moins peine que délices. Je ne sais plus de quoi furent faits les prémices. Je me souviens de ses mains qui ont fait courir les frissons sur ma peau et avec eux la parfaite conscience de l'étroitesse des liens qui la striaient désormais.
Je me souviens d'une d'entre elles qui s'est faite caressante et puis pressante, d'une qui a fait naître soupirs et bientôt fournaise, d'une que mon corps s'est mise à convoiter tentant de s'arquer et de s'ouvrir pour qu'elle vienne me cueillir au plus profond de mon intimité. Lentement elle m'a prise. Absolue possession que d'être tenue de l'intérieur, d'être forcée puis envahie par l'autre. Vertigineuse sensation de lui appartenir. Intégralement, intrinsèquement.


Cierge et dévotion.

Jamais cela n'avait été évoqué, jamais je crois je n'avais avoué non plus combien je la redoutais. Quand la cire est tombée, j'en suis restée coite. Interloquée qu'elle vienne parer ma peau et ainsi la mettre à vif. Quand la cire est venue m'orner de nouveau, moi la discrète, celle dont les émois ne se traduisent qu'en feutrés gémissements, j'entends encore la longue plainte qui s'est échappée de mes lèvres. J'ai senti mes muscles se bander, mon corps se pétrifier. Statufiée de terreur j'étais le bronze sur lequel la chaleur se propageait, sur lequel les cris résonnaient et dans laquelle venait s'incruster chaque perle de souffrance. Je sais qu'elles ne furent pas nombreuses mais longtemps elles m'ont envoûtée, mettant mes sens à vif comme elles seules savent le faire, me faisant tressaillir et gémir à chaque frôlement de doigts, à chaque souffle d'air, à chaque onde de plaisir. Longtemps cette intensité m'a possédée. Jusqu'au matin, je crois.

Mais avant il a su faire rejaillir mes démons, doucement, patiemment, m'éveiller au désir, encore, toujours. Être prise, le prendre. Éprise, épreindre. Le goûter, s'en gorger, s'abreuver. Et de nouveau se laisser irradier par l'envie de s'offrir à lui. Se donner, se vouer. Aimer les sangles de cuir noir qui viennent me zébrer, aimer leur bruit, aimer leur danse, aimer leurs baisers. Mais aimer plus que tout sa confidence de raffoler d'elles également. Insigne plaisir que de lui demander qu'il en use et abuse ; extatique jouissance que de tendre son corps en dépit de la souffrance pour mieux s'offrir à ses coups. Tout lui donner. Et en retirer une insondable volupté.


Jeter sa pudeur aux orties

Il y a eu sa bouche qui m'a abreuvée de baisers et de rhum. Il y a eu ces étreintes où je me distendais pour qu'il se loge encore plus profondément en moi. Il y a eu les mots qu'on ne répète pas, les morsures qu'on se troque, les silences plus verbeux que l'entière collection Harlequin et puis soudain il y a eu l'irradiation qui me terrifiait autant que je la savais inéluctable. L'ortie m'a saisie, vive et goulue elle m'a consommée autant que consumée. Intrusive piqûre qui vous indigne et qui bientôt vous lancine. Lente et impérieuse elle s'installe pour mieux régner. Oppressante et magistrale, elle vous assiège pour mieux vous assujettir. L'ortie ne se subit pas : l'ortie s'éprouve, l'ortie s'endure et plus qu'à elle c'est à lui que je me sentais appartenir.


Achèvement et apogée

Je ne sais plus si j'ai crié grâce, peut-être que oui, peut-être que non. Je ne sais plus si j'ai proféré un « non » à un quelconque moment. Si ceux-là ont fusé, ils sont restés lettre morte. Et c'est tant mieux. Je sais très bien en revanche combien je tremblais lorsqu'il m'a détachée pour aveindre mon corps et le blottir dans ses bras. Intense et profond, le meilleur était pour la fin. Refuge, sanctuaire, éternité. Le feu brûlait dans l'âtre, sur mon corps et ailleurs. A lui, je me suis entièrement abandonnée.



Crédit photographique : celui que je nomme mon Galant

lundi 12 juin 2006

Symphonie extatique


L'odeur du cuir est d'abord venu m'envoûter. L'odeur chaude et piquante de ces bracelets qui emprisonnent mes poignets et que j'ai pressés sur mon visage, sur mes yeux, sur ma bouche pour étouffer mes cris de plaisir ou de crainte, pour jouir infiniment du moment, pour m'enivrer de l'instant.
J'ai frémi quand ses doigts sont venus enserrer la sangle étroitement faisant épouser parfaitement les liens à ma peau, à mes os, à mes sens avant de tendre mes bras vers le ciel, m'offrant à ses yeux, à ses voeux, à son gré.
S'il est un moment que j'aime c'est bien celui-là, c'est celui où le monde bascule, celui où le jour devient nuit, celui où il prend possession de moi, celui où je perd la raison, celui où je m'oublie pour m'en remettre entièrement à lui, celui où je sens la puissance de l'élan qui m'arrache à la raison pour me jeter dans ses rets, celui où d'indépendante je deviens sa soumise.


Nouveau bandeau, tu m'es déjà indispensable ; ta nuit est profonde et tes rêves ensorcelants
Corde noire qui bande mon corps, tend mes bras et m'élève plus haut que mes talons aiguilles ne pourraient le faire, je te tiens à pleine mains. Tu es le lien qui me tient. Tu es ce qui me lie à lui, tu es l'instrument de sa contrainte, tu es celle qui me maintient, qui me contraint, qui me transporte.
Bougies, encens, vos effluves me transpercent, vous êtes tout ce que je ne vois pas. Vous êtes ce que je sens mais que je ne peux atteindre, vous êtes aussi la lumière qui m'offre à sa vue, vous êtes l'autel sur lequel je me voue, vous êtes le foyer au milieu duquel je me consume.
Pinces, exquises tortures dont je raffole autant que je redoute, vous êtes sa bouche qui me goûte et me mord, je vous prie et vous supplie, vous me tenez et m'écartez, vous êtes le pouvoir qu'il a sur moi, vous êtes tout ce qu'il a le droit de faire de moi.


Et puis tendue, offerte, soumise mais indécise le temps s'est arrêté.
Silence et attente — affût et qui-vive
Mon coeur s'emballe et mon corps défaille.
L'archet est alors venu caresser l'instrument gisant entre ses mains, contre son corps.
Ses doigts sont venus frapper ses cordes qui se tendaient entre eux, loin de moi.
Et soudainement je me suis grisée de ses notes, de ses graves, de ses vibrations.
Toute à lui, j'ai découvert que jusqu'alors je l'étais à tort.
Toute à lui, j'ai découvert seulement que je l'étais désormais.
Bandeau, corde, bougie, encens, pinces, vous n'êtes plus rien.
Vous n'êtes que les accessoires, les faire-valoir d'une maîtrise et d'une harmonie qui n'appartiennent qu'à lui.


Suspendue, les mains accouplée à une corde noire, aveugle et nue, des talons aiguilles jouant sur le sol entre bougie et encens, les seins ravis par deux boucles de métal, j'ai touché l'extase, la fièvre et la passion.
Féerie est le seul mot qui me vienne à l'esprit pour décrire ces instants.

dimanche 28 mai 2006

Communication d'incendie : le théâtre du crime

Où Gabrielle tente de livrer ses vertiges
Propylées d'un récit

Les émotions ont ceci de particulier qu'elles vous dévoilent la réalité avec une rare acuité, celle qui vous fait goûter aux saveurs les plus fines, les plus suaves et les plus rares, celle qui va vous permettre de saisir l'infini contenu dans l'instant fugitif. Mais les émotions se vivent, elles ne se collectionnent pas, elles ne se rangent pas sagement dans un coin de votre mémoire, elles se déchaînent, s'enchaînent et vous entraînent dans une réalité qui n'appartient qu'à vous, loin des chronologies fidèles, des procès-verbaux détaillés ou des récits serviles.
Les émotions m'ont prises, plus riches et plus troublantes que jamais. Les émotions m'ont emportées, plus loin et plus profondément que jamais. Elles m'ont laissé des souvenirs chatoyants, brûlants et étourdissants mais confus. Vérité et réalité sont devenus des traîtres mots, seule la fièvre et l'ivresse se sont incrustées sous ma peau.

Acte I — scène I

Cacher sous ma plus belle écharpe de soie un décolleté vertigineux, gainer mes jambes de bas et les jucher sur des escarpins altiers et ne s'embarrasser de rien d'autre que de cela ; si ce n'est de ma folle impatience et de l'avidité que j'ai de lui ; si ce n'est de mon corps qui crie, qui s'échappe à mon contrôle pour réclamer d'être sous le sien.

Acte I— scène II

Courir faisant fi de ces talons inaccoutumés, trousseau de gêolière dans une main et le coeur à l'envers dans l'autre, la télécommande à bout de bras pour lui ouvrir mon âme débordante. Et à l'heure de foncer rejoindre la quiétude d'un appartement vide, sentir son bras interrompre brutalement mon mouvement pour me ramener puissamment à lui et enfin goûter l'étreinte comme on s'abreuve à la bouche de l'autre : avec insatiabilité et intempérance.

Acte II — scènes sans dessus dessous

Peut-être a-t-on dîné, je ne m'en souviens pas. De faim, je n'en avais qu'une seule et c'était de lui. Elle était grande comme un trou noir dans lequel j'ai sombré.
Offerte je l'étais, plus que jamais, plus que tout. Ouverte, séduite, conquise. Je n'avais d'autre dessein que d'être à lui, d'autre désir que de lui appartenir, le reste s'est envolé dans le tourbillon de nos émotions partagées.
Je me rappelle pourtant m'offrir aussi à l'odeur du savon, à la tiédeur du coton humide qu'on frictionne sur la peau, à l'irréversibilité du rasoir, à la caresse de la lame, à la rigueur des ciseaux. J'ai oublié mes réticences, mes hésitations, j'ai piétiné ma réserve pour écarquiller mes jambes, tendre mon bassin et cambrer mes reins. La seule chose qui m'importait était d'être celle qu'il voulait que je sois et le vertige était d'autant plus grand qu'il venait vaincre mon embarras, preuve que j'étais sienne bien plus intensément puisqu'il me fallait ployer ma volonté pour m'emparer de la sienne.

Acte III — scène unique

Les yeux clos, éperdue, déconcertée par le bruissement du papier de soie. Un imperceptible tintement de métal m'évoque à raison le frémissement de la boucle d'un collier entre ses doigts habiles. La douceur du cuir poli sur ma peau, son inexorable force lorsque l'objet enserre mon cou, me font presque défaillir. Je suis dorénavant à lui et si d'ores et déjà je le savais, c'est aujourd'hui que j'en reçois le plus absolu des symboles. Aveugle, je fais courir ma main sur le torque et découvre qu'outre la douceur du cuir s'allie la vigueur du bronze. Menée devant la glace quand mes yeux ont croisé l'objet j'ai cru que j'allais pleurer tant sa beauté m'a saisie. Jamais je n'aurais rêvé de ma vie porter de si beau bijou, de si puissant mais aussi de si somptueux. Et quand on sait qu'il est façonné des mains même de celui à qui il me lie, cela instruit sur la profondeur du trouble et l'intensité des émois que cela me procure.

Acte IV — pèle-mêle de scènes toutes singulières mais néanmoins enchevêtrées

Des cordes qui me ceignent et que soudainement je crains. Des cordes où mes poignets se suspendent pour mieux me dérober au châtiment dont je rêvais pourtant. Peur sourde mais invincible et avant même d'y avoir seulement goûté. Pinces si désirées, si redoutées, vous ne mordrez pas mes seins maintenant. Je vous regrette d'autant plus amèrement, je vous espère d'autant plus ardemment, je vous attends d'autant plus intensément. Et aujourd'hui tant marrie de vous avoir fuies, je me prends à rêver qu'un jour, sans aucun lien, si ce n'est le soin de sa voix,  je saurais tendre à sa main le sein que vous viendrez tourmenter.

La menthe qui m'irradie du plus profond de moi.
L'attente que j'ai de lui est si alors grande que sa brûlure sonne comme une béance.
Je suis un vide qui flambe.
Je suis une cavité qui se consume de ne pas être emplie de lui.
Je suis un gouffre qui s'embrase de son absence.

Des liens qui me captivent, me maîtrisent et m'apprivoisent.
Je ne me souviens alors plus de rien — si ce n'est que la peur avait fui désormais pour l'envie — si ce n'est la joie de m'y lover, enfin de m'y abandonner et d'accepter avec ivresse ce que j'ai infiniment envie d'être : sa soumise.

Des corps qui se dévorent l'un l'autre.
Des corps qui se partagent, se troquent et se vouent.
Des corps qui se cherchent et se chevillent l'un à l'autre.
Il se dit que Morphée lui-même n'est pas parvenu à les délier tellement ils s'étaient enchâssés.

lundi 8 mai 2006

Privation de liberté ou liberté d'expression

Où Gabrielle est ceinte et livrée, à lui, et surtout à elle-même
ÉPREINDRE, verbe trans.

Vx, rare
A. [L'obj. désigne un fruit, une herbe] Presser entre les doigts pour en faire sortir le jus ou le suc. Épreindre des herbes (Ac. 1798-1932); citron épreint (DG).
P. méton. [L'obj. désigne le liquide contenu dans le fruit] Faire sortir par pression. Épreindre du verjus; épreignez-en le suc (Ac. 1798-1932). Synon. exprimer.
B. Au fig. Tourmenter, assaillir de toutes parts. Synon. presser. N'est-ce pas affreux de se laisser ainsi épreindre et harceler sans répit par l'Esprit de Malice (HUYSMANS, En route, t. 2, 1895, p. 121).
Prononc. et Orth. : [], (j')épreins []. Ds Ac. 1694-1932. Conjug. Cf. atteindre. Étymol. et Hist. 1. Fin XIIe s. espriemere par parolle [loqui] (Gregoire Ezechiel, 22, 23 ds T.-L.); 2. ca 1275 « presser pour faire sortir le jus » (J. DE MEUN, Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 7436). Du lat. exprimere (v. exprimer). Fréq. abs. littér. : 1.


Une corde de chanvre enlacée sur elle-même sur le plancher d'une chambre

Fiat Lux

Pleine journée, chaude et exquise où, dans un claquement de doigt, se fomente une coupable escapade dans ma vie trop remplie. Comme une croisée que l'on entrouvrirait sur un jardin secret dont les silences abritent des soupirs et où les couleurs de ses fleurs semblent plus vives que partout ailleurs. Une croisée que l'on enjamberait vers une impérieuse école buissonnière. Instant suspendu dans la ville et le temps où malgré la turbulence de la première et la course du second, nous nous retrouverons l'un et l'autre. Instant précis où plus rien ne compte si ce n'est de chercher son cou et de m'y cacher pour mieux m'y perdre mi-hatelante, mi-honteuse, où attoucher son corps, respirer son odeur est déjà une ivresse puisque désormais parfaits synonymes de vertiges et d'abandon sans cesse renouvelés. Hâte, envie, fièvre, les mots sont trop courts pour dire comment le désir tord le ventre, frisonne sur la peau et m'enserre à ses yeux.

Point de pénombre où se dérober, dans la riante clarté d'un jour de mai, je devine déjà qu'il me faudra tout lui abandonner, mes sens et ma pudeur, mon corps et mes émotions les plus secrètes. C'est dans la lumière que la corde noire m'a ceinte et livrée. Lentement nouées, ses voltes et virevoltes sont venues m'embrasser, bientôt me flatter et puis inexorablement m'ouvrir et m'offrir. Captive sous l'amarre, captive de mes sens, captive de ses mains, de sa bouche, de sa patience et de son inflexible volonté.

Ce jour, il n'y aura point de marque ou de maux. Ce jour, il n'y aura que sa formidable obstination à me faire chavirer dans l'éther. Celui où l'on respire plus fort pour mieux s'y noyer, où l'on fait silence pour mieux y entendre ses propres cris. Celui où l'on supplie que non avant d'être terrassée de volupté. Celui où les voltes se révoltent quand le corps s'arque sans savoir s'il faut fuir ou s'offrir, quand le corps vacille sous les doigts opiniâtres et minutieux qui vous irradient et vous dévorent, quand le corps tremble sous sa bouche sous laquelle je me fends et révèle mes plus brûlants frissons,  quand le corps cède à cette main qui vous prend et vous emporte au plus profond des abandons.

Divine contrainte que celle de devoir se plier aux vertigineux plaisirs qu'il m'offre et m'inflige avant d'être submergée, presque contre mon gré par un souffle puissant et violent qui me vainc et me ravit, divine contrainte qui me jette dans ses bras abandonnée, émerveillée et suffoquée. Ahurie d'émotions, éperdue et conquise de cette relation qui ne devait pas en être une...

lundi 1 mai 2006

Instance et marque déposée

Où Gabrielle implore Charybde et Scylla

Tout mélanger. L'attente et l'envie. Sans savoir laquelle est la plus douloureuse. Mais ressentir au plus profond de moi combien la seconde est impérieuse.
Enfin, mélanger mes doigts avec les siens et bientôt ma langue avec la sienne. Laisser enfin l'envie me tordre davantage, laisser enfin aller le désir qui aura raison de ma raison, celui qui me crie de dire oui, quand je devrais dire non, celui qui distend mon corps arqué à se rompre vers ses caresses et ses tourments.

Mélanger les sens. Ceux-là même qui se troublent quand je n'esquive pas les offenses mais les convie, quand je ne me dérobe pas à la douleur mais la prie et l'exhorte.
Et puis quand l'attente s'achève et perdre le souffle et bientôt la tête. Ne plus seulement le respirer mais le goûter. Moment suspendu où les corps réclament leur dû, se heurtent et se dévorent. L'attente était trop longue et le désir trop grand pour que scénarios ou fantasmagories ne trouvent la force de vaincre la fièvre, la faim et la soif réunies. Tumulte de draps, de chaleur et de membres où je ne sais plus très bien ce qui m'ouvre et me dévore.

M'offrir et tout prendre. Tendre un sein aux doigts qui le froisseront, l'espérer, le présenter pour mieux le mettre en péril et goûter l'ivresse de l'élancement qu'ils procurent. S'ouvrir si profondément que peu m'importe de savoir ce qui me prend. Une bouche qui me mord et qui me fera bientôt cambrer les reins. Une main qui me tord et qui sous peu se coulera au plus profond de moi, abrégeant mon souffle et étirant mes soupirs dans de longues plaintes de plaisir. Tout lui offrir sans modération, sans faux-semblant.

Tout prendre aussi. Avec pudeur parfois mais sans tiédeur.
Gourmande voire insatiable.
Déguster le sucre de son parfum, la douceur de sa peau, la fermeté de ses angles. Irrépréssible besoin de m'y presser, de l'éteindre et de m'y fondre. Terres d'oublis et de rêves où hier n'existe plus et demain n'a pas d'importance. Odyssée de plaisir où je cherche Charybde et Scylla pour mieux plonger dans l'abîme. Parcourir ses doigts de ma langue, m'aboucher à son corps, au plus profond de ma gorge, ressentir son plaisir et aussi le goûter. Oublier le reste du monde si ce n'est ses cris à lui et l'envie qui me taraude de les faire jaillir.

Et puis quand chacun, trop ardent et impatient, a mangé à la trémie de l'autre, quand les souffles d'erratiques sont devenus apaisés, sentir soudainement ses mains venir prendre ma soumission ; sans hésitation ni préambule, sentir la corde se jouer et se tresser entre épaules et poignets. Rapprochant mes bras avec lenteur et régularité, entre caresse et dureté, aimer ses lacs et plus encore ses entrelacs, aimer la douceur de la fibre puis sa force lorsqu'elle se tend, inexorablement, m'offrant à ce que j'aime autant qu'à lui-même. Ne pas savoir mon sort, m'en moquer éperdument dès lors qu'il est entre ses mains. Et puis subitement, sans avoir eu le temps d'anticiper le coup, sentir le soufflet de la cravache faire tressaillir mon corps. Avec une force qui me surprend à chaque fois. Avec une brûlure qui me jette dans l'esquive. Violente et lancinante lanière à laquelle malgré mes tentatives je ne puis me dérober. Ne sachant plus des tourments qu'elle me procurent si je les espère ou les crains. Ne sachant plus si je disais oui en disant non. Suspendue à sa main, cherchant à deviner où le coup s'abattra, apeurée autant qu'éperdue, craintive autant qu'exaltée.

Ivresse des sensations où le plus troublant n'est pas toujours là où on le croit et où la marque déposée la plus efficacement n'est pas nécessairement la plus visible, quand bien même serait-elle en forme de croix.



lundi 10 avril 2006

De la commission vers la récidive

Où Gabrielle confirme ses aveux et réitère ses voeux
Ébauche d'une intention délictueuse

Chercher les mots des émotions dont j'étais en quête c'est aussi poursuivre la nuit dont on aurait voulu qu'elle ne prenne fin autant que de vaincre ma pudeur.
Il me faut donc m'efforcer de passer le cap et les coucher sur le papier aussi inexorablement que je me suis offerte à ses caresses.

Affiche publicitaire de Bernard Villemot pour la SNCF:« Une nuit en voiture-lit »— 1973

Affiche publicitaire de Bernard Villemot : « Une nuit en voiture-lit »— 1973
Corpus delicti

Retrouver un corps encore inconnu et déjà su. Impatiente mais sans hâte. Sans nulle autre souhait que de ne rien chercher mais de tout prendre, sans la moindre hésitation. Prendre les frissons, les ivresses, les tendresses et les outrages aussi. Ne plus savoir ce que l'on prise le plus, la douceur où les tourments. Perdre mes esprits et puis perdre les sens. Aimer le bruit des lanières avant même d'en aimer l'impact.
Se délecter de ne pouvoir s'y dérober avant de comprendre que les liens ne me maintiennent. Il m'est désormais certain que sans eux je ne me serais pas soustraite un seul instant à la cinglante piqûre du cuir ou de la main. J'étais bien trop avide pour ne pas m'y offrir, bien trop gourmande pour ne pas me tendre et abandonner à la soumission ce corps affamé. Les liens n'aliènent rien, les liens offrent, les liens exposent. Et si je les aime tant c'est qu'ils réclament inexorablement leur part d'offenses autant qu'ils me dédouanent d'implorer pour recevoir celles-ci. Peu importe que je n'en sois dupe, ils sont la permission de mon abandon. Celui d'aimer le mal que cela fait, celui de procurer le bien que trop souvent je fuis. Celui aussi de ne plus rien attendre de soi, uniquement tournée vers la main de l'autre. S'oublier et puis quérir.
Et puis les oublier aussi, se passer d'eux, se contenter de la chaleur et de l'ardeur de deux corps qui se trouvent et qui se goûtent. Longtemps.

Et puis quand la nuit prend fin, qu'il faut bien se résoudre à les séparer ces corps avides, et se fondre dans le moule d'un quotidien convenable, conserver et savourer à l'insu de tous, un coin de paupière irrité par l'émeri d'une joue et la légère éraillure d'un sein mordillé.

vendredi 31 mars 2006

Première tentative de coups et luxure

De la complicité vers la commission

« Bonjour Monsieur, je suis Gabrielle » fût aisé à prononcer.
Ce n'est pas la conversation qui est ardue. C'est d'accepter de faire silence et qu'enfin les transitions se fassent.
Un silence aussi lourd qu'indispensable. C'est son poids qui marque le temps de son sceau indélébile : l'avant-propos est désormais fini, c'est l'heure d'entamer le chapitre premier ; et pour tourner la page il faut bien s'en saisir, même du bout des doigts.
Se laisser attirer, rassurer, apaiser.
Se laisser aller contre un corps qui me semble si grand.
Des gestes qui s'esquissent, d'hésitants qui deviennent francs puis exigeants. Une paume qui caresse, bientôt des doigts qui froissent. De la peur de s'effaroucher l'un l'autre on chancelle entre tendresse et hardiesse : l'intimité ne s'improvise pas mais se construit de toutes pièces. A corps et à cris aussi. Ceux des caresses qui donnent le tournis et font découvrir des mondes, Ô joies du mal des transports ! Ceux provoqués par la main qui s'abat sûre et cinglante, exquise surprise de cette indétermination qui ne sera pas ! Honteux plaisir de découvrir que cette soif d'émotion sera abreuvée. Soif de rouge. Délicieux tourment des jambes que l'on replie en bouclier avant de les éloigner pour mieux s'offrir aux couleurs. Liens auxquels on se prête pour mieux s'abandonner.
Entre gêne et appréhension la difficulté était bien plus grande que je ne l'imaginais, preuve que chacun n'était pas dénué de prévenance et d'humanité. Ce peut-être un délicieux tremplin pour poursuivre ou se contenter d'être un bien tendre souvenir. Mais cela restera un grand pas de franchi.