Gabrielle uniquement

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mercredi 28 novembre 2007

Pensées fugitives à l'ombre d'un palais byzantin

Quand les mots de Gabrielle ne s'échappent pas de son stylographe mais du capuchon de celui-ci

Porte d'un palais byzantin

Gabrielle mordillait le capuchon de son stylo, sourcils froncés et mine courroucée.
Comment l'écrire ?
Des pattes griffonnées et bientôt biffées, des pâtés d'encre charbonneux maculaient maintes pages de son moleskine.
Mais comment le dire ?
Lignes serrées, lignes rayées. Les zébrures s'accumulaient.
Comment le décrire ?
J'ai trop usé de mots par le passé, je les ai délavés, je les ai usés ; et maintenant que j'ai besoin d'eux ils sont trop émoussés pour traduire ce qui m'advient !


Gabrielle mordillait l'extrémité de sa plume assise sur un robuste banc de chêne.
Au creux de ses reins irradiait encore la cire dont il l'avait inexorablement parée.
Son séant pressé sur le bois trop dur palpitait des tourments dont elle portait haut les couleurs.
Et le dossier qu'elle pressait contre son sein se faisait étau quand il n'était qu'effleurement. Peut-être pour qu'ainsi perdure le troublant plaisir de sentir ses doigts la meurtrir encore et encore.


Gabrielle mordillait son capuchon et se souvenait comment d'antan, venaient la tarauder ces lendemains désillusionnés.
Comment, passée la chaleur de la nuit, loin de la bulle capitonnée qui protègent la fougue des amants, leur véhémence et leurs confidences, elle fuyait les traces que lui renvoyait son impitoyable miroir.
Comment les descentes étaient mordantes, comment les paillettes de la nuit s'éteignaient salement au matin, comment avec elles disparaissait cette fugitive et nocturne Gabrielle.


Capuchon entre les dent, elle savourait désormais l'insigne nouveauté.
Capuchon entre les dents, fesses contre chêne, elle jouissait de se savoir à lui, plaisirs d'autant plus profonds qu'ils étaient confiants.

Capuchon entre les dents, loin de lui, loin des instants de magie, elle se surprenait

... à goûter ses marques

... à aimer ses fers

...

jeudi 29 juin 2006

L'épître à mon Galant.



Autoportrait



Véhémente et impétueuse, pour toi, j'apprendrai la patience.
Celle que l'on contient en silence, le corps tendu, prêt à bondir, à gémir, à accourir.
Celle qui fait mal aussi, qui désarçonne et qui questionne.
Celle où ton absence ôte le soleil de mes jours.
Celle où ta présence fait briller mes nuits de mille feux.
Mon corps que tu as rendu affamé et à qui tu manques déjà tant, apprendra à se nourrir non plus de tes caresses et de tes tourments mais des secondes qui s'égrainent, de chacune d'entre elles qui le rapprochera de tes mains, de ta bouche, de ton corps.

Pudique et réservée, pour toi je me dénuderai, je m'exposerai.
J'offrirai à tes yeux chacune des parties de mon corps telles que tu souhaiteras te les voir présentées.
Pour toi j'affronterai mes démons, ceux, si vieux et si puissants, qui me jettent dans la dérobade et dans la crainte de mon image.
Je te donnerai ce que j'ai toujours fui.
Je te donnerai plus que mes cris : je te donnerai mes peurs.

Hatelante, je le suis déjà.
Je veux être ta proie.
La proie de tes doigts, dans mes cheveux d'abord douceur et bientôt étau.
La proie de ta bouche, d'abord suave et qui bientôt carnassière viendra imprimer ta marque dans ma peau.
La proie de tes mains qui me soustrairont, m'étreindront, m'investiront.

Je ne veux plus sentir mon corps que par les outrages que tu lui fais subir.
Je ne veux plus voir mon corps que par tes yeux.
Pour toi, je percerai ma peau et porterai comme un signe d'appartenance ce qui m'a toujours révulsé.
Demande le moi et je serai tienne.