Gabrielle uniquement

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Les mots usagés



Ces billets sont extraits d'un ancien site. Ils sont tous ce que j'en ai conservé ; moins par collection, souvenirs, regrets ou nostalgie que pour préserver des mots, des lettres, voire des vers qui, s'ils ne sont plus d'actualités, restent des écrits qu'à ce titre je n'avais pas envie de brûler.

Rêverie solitaire





Dernière déraison

Celle-là ne sera pas contée.

L'ivresse était belle mais le flacon fêlé ; au fond de celui-ci surnagent désormais mes regrets sur un fond de larmes vieillies.

Adieu mon bel écrin qui retournera au néant dans un très court moment.

Quatrième déraison



une femme lisant
Prélude


Allongée sur le ventre en travers du lit, je frémis, souffre et gémis de notre dernière rencontre. Mettre des mots sur des souffles, des sons et des sensations. Vivre une fois encore ces moments denses, où ce qui compte est de vivre l'instant, et non de le fixer pour la postérité.
Deux heures de train pour quitter mon présent et entrer dans le tien. Me défaire de mes embarras, de mes alentours, changer de temps pour me fondre dans le tien. Lorsque j'ai quitté le marchepied, j'étais telle que tu le souhaitais sous mon grand manteau noir, je m'étais parée du désir de t'obéir faisant de toi le mitan de mon univers. Te chercher des yeux un peu affolée, te quérir, te retrouver, m'y blottir, te serrer et ne plus rien savoir d'autre que m'absorber enfin de ta présence, de ton essence, de ta substance, nécessairement indifférente au monde puisque pour l'heure tu bornes le mien.


Fantaisie viscérale.


Je me souviens perdre pied contre le mur, je me souviens de tes mains qui m'explorent, de ma peau qui t'attend, je me souviens des draps et que tu m'ouvres les paupières. Je suis tremblante de désir, de fièvre et de passion. je n'ai plus que l'envie de m'offrir à toi, à ce que tu souhaites prendre de moi, profondément, inexorablement, sans concession.
Tendre mes reins, te laisser m'ouvrir à ta mesure, à tes mesures, puissamment, sans hésitation ni fourvoiement. Me tendre encore et me surprendre à soupirer de plaisir, je sais que tu ne changeras pas de voie, que longuement tu prendras possession de moi, tout le temps qu'il faudra, tout le temps qu'il te siéra et qu'inconditionnellement je banderai mon corps pour m'y prêter plus encore.


Fantaisie extatique


M'abandonner à t'aimer, en dépit de notre désunion. Chuchoter la vérité aussi vaine qu'irréfutable. Éperdument éprise, éperdument prise. Et puis soudainement chavirer, terrassée d'émotions, m'écrouler sur ton corps, vaincue de plaisir, frappée de la force de mon transport, épuisée et surprise. Éperdument amoureuse, éperdument folle puisque désespérément consciente que nos munitions sont déjà parties en fumée

Envie du jour


publicité pour des corsets en 1878

Le diable au corps



un diable

Si elle n'était pas calme, ma vie était sage.
Sage depuis des années.
Sage sans regret, sans heurt et sans amertume.
Sage depuis toujours.

Si dans le secret de mes nuits, quand le souffle se ralentit et le silence vous ravit, des histoires lascives et excessives me tenaient compagnie, jamais au grand jamais, je ne pensais qu'un jour, elles prendraient vie.

Par la magie de la rencontre j'ai découvert soudainement que ces chimères se démasquent, s'étreignent, s'embrassent et puis s'embrasent.
On n'ose d'abord les deviner même si on les pressent. Puis on les espère, on les débusque à tâtons et pas feutrés, si craintive de faire fausse route, d'effarer l'autre.
Quand les désirs se partagent, ils deviennent impérieux, fiévreux et tumultueux.
De sage, je suis devenue ardente, gourmande et impatiente.
C'est le diable qui m'a prise et je n'ai de cesse que de m'offrir plus encore à lui.

Troisième déraison

Où Gabrielle se rend chez M
Fantaisie liminaire
Un poing sur un mur


Debout contre un mur à t'attendre et à me tendre.
Debout contre un mur à t'entendre parler l'air de rien, le combiné en main. J'ai presque froid mais je ne bouge pas. Faut-il que je sois folle pour jouir de cette situation, celle qui me relègue à l'état d'animal aussi apeuré que conquis.
Enfin tes mains qui t'approprient mon corps. Je me prête, je m'offre et me courbe.
Parfait et prodigieux abandon de soi où ce que j'aime est d'être dépossédée de moi-même.
Tes mains qui me déplacent, le ventre creusé sur ton genou, ce n'est que jambes tendues que mes pieds parviennent à toucher terre. Quand ta main s'est abattue j'ai compris qu'il n'y aurait pas de préliminaire, puissante et sans hésitation elle est venue me heurter de plein fouet. Pas d'échauffement, pas de palier.
Pourtant j'aurais voulu me tendre et m'offrir à ton fléau, te faire ce don ensorcelé qui décuple le plaisir que j'ai de me vouer à ton autorité. Mais de conquis mon corps était devenu rebelle et chaîne et cuir sont venus le maintenir. Je me souviens du bruit de ta main. Je me souviens de mon corps qui se tord, mes pieds ne touchant plus terre depuis longtemps. Je ne sais pourtant plus rien de mes cris. T'ai-je même supplié d'arrêter, je ne m'en souviens pas. Pourtant je n'avais plus que pour idée de t'échapper, de me soustraire, de me jeter à terre.
Lorsque l'accalmie est venue, tu m'avais totalement envahie et je n'avais plus que l'envie de me perdre dans ton cou,  me lover contre toi, te respirer, je ne savais plus que prier pour que tes mains deviennent caresses, que tes lèvres deviennent baisers.


Fantaisie impétueuse

Le tourbillon qui s'ensuivit fût trop dense et trop intense pour que j'en fasse la revue.
Ne restera pour la postérité que la douleur au bout de mes seins qui fût aussi cuisante que voluptueuse ; le bruit de ta langue qui frappe ton palais en un "tut-tut-tut" comminatoire qui me fait perdre la raison ; la confiance de te suivre là où sans toi je n'irai pas.

Toccata et fugue


Une horloge dans une gare



Saisir l'accalmie dans le tourbillon de ma vie. En combiner différents éléments pour fomenter une folle échappée. Sacoche sous le bras, l'air de rien, sauter dans le premier train. Bic noir et bloc sur les genoux, je suis comme mes voisins : l'air affairé à travailler ce qui pourrait être un dossier. Ce n'est pas mon air sage et ma mine sérieuse qui le démentirait. Pourtant je suis là, folle de désir pour toi, folle d'espérer tes caresses, folles de d'espérer tes tourments, folle de m'en remettre à toi.

Dans ton repaire je serais tienne. Dépaysée, solitaire et sans que nul ne connaisse mon itinéraire.

Dans ce train, sans l'ombre d'une hésitation ni qu'un trait ne trésaille sur mon visage, je choisis de me donner à toi, à ta sévérité, à tes mains, si douces et si dures, à tes cordes, à tes liens, à tes injonctions et mes souffrances. Perdue au fond d'un wagon, je me fais la promesse à moi-même de me soumettre à ta volonté, de ne rien discuter, de vivre la folie qui est la mienne, la folie qui est la tienne. Merveilleuse escapade dans un monde dont le plus troublant est qu'il soit réel.


Deuxième déraison (fantaisies n°3 & 4)


Troublante fantaisie diurne du plaisir et de la confusion.

Point de récit. Point d'inventaire. Juste des mots en l'air pour tenter d'apprivoiser des sentiments violents.
La plus pure et la plus dure de toutes nos confrontations.
Les cordes qui m'offraient à ton gouvernement. Pieds et mains liés, suspendue à tes désirs, à tes ordres, à ton autorité. Alerte, offerte, ouverte.
La plus terrible et la plus belle. La plus forte parce que tu ne doutais pas de son bien-fondé. Je ne sentais que ta formidable obstination à me pousser dans mes derniers retranchements.
Autant de soin à m'ouvrir au plaisir qu'à celui de m'infliger la souffrance.
Ta bouche me rendait folle mais pas autant que lorsque tu guettais le moment où je perdrais pied sous tes tourments.
Tes mains sur mes seins, tes yeux dans les miens. J'étais à toi, soumise à ta volonté de me tourmenter, noyée dans la conscience qu'à ce moment précis je ne dépendais plus que de toi, de ta puissance, de tes envies ou tes sentences. Moment d'éternité où tu étais tout pour moi.


Vertigineuse fantaisie nocturne de la plénitude des sentiments

Épuisement et abandon. Indicible plaisir que celui d'être à ta disposition. Soumise à tes désirs et offerte à tout moment. Indicible vertige d'assentir à la puissance des sentiments qui me portent vers toi. Se soumettre ce n'est pas qu'accepter de s'en remettre au maître, c'est se laisser submerger par un sentiment d'une rare puissance où se mêle adoration, dépendance, c'est se résigner à sombrer dans la plus pure, la plus intense des déraisons.  

Deuxième déraison (fantaisie n°2)


fantaisie nocturne

Une corde noire qui glisse le long de ma peau.
Une corde neuve que j'espérais.
Baptême et tâtonnement, je n'y ai vu au début qu'un apprentissage.
La corde qui me frôle puis s'arrête.
Tes doigts qui font, défont et tournent autour de moi.
Tout à coup la corde qui se serre et d'attentive je suis devenue captive.
C'est brutalement et sans trop y croire que cette puissante sensation m'a envahie.
C'est quand la corde a poursuivi son oeuvre que j'ai compris la richesse de ses délices
Offerte dans les liens et pliée à ta mesure.
Ouverte au plus intime, les liens me traversaient.
Les lèvres compressées, les seins exacerbés.
J'ai cru défaillir lorsque tu m'as demandé de me redresser. J'étais contrainte, contenue. J'étais enserrée.
Chaque mouvement étranglait davantage les liens dont tu m'avais parée, me liant bien plus étroitement à toi que dans l'immobilité.

C'est les membres écartelés et liés sur une chaise que tu m'as offerte à tes caresses.
Un bandeau sur les yeux j'ai senti la brûlure de la menthe au plus profond de moi.
Ta main qui me prend puis me fouille inexorablement.
Tourbillon d'émotions dont je n'ai conservé que la force et non le détail.
Point d'énumération. Point de description.
Je ne conserve que la force du souffle qui m'a emporté.

Deuxième déraison (fantaisie n°1)


fantaisie diurne

Mon cœur qui s'arrête, je ne t'attendais pas si tôt puisque j'avais d'ores et déjà présumé un irrépressible retard. Propre mais non prête. Déjà nue je me jette dans la chambre bien persuadée que je ne saurais nouer autour de mon cou le collier de cuir noir que j'avais abandonné sur le lit. Tu sonnes de nouveau, je m'empare de l'objet et file te répondre à l'interphone.
Éteindre les téléphones, ne pas s'affoler. Tu veux me calme et me voilà déjà folle. Je redoute la sonnette. Honteuse de me cacher derrière la porte, je serre la boucle autour de mon cou. Si je ne parviens pas encore à t'ouvrir en me présentant de but en blanc qu'au moins je te prouve que ta soumise je suis. Je tire la porte sur moi en sentant les manteaux caresser ma peau nue.

Trop remplie d'émoi, je clos les paupières. Trop remplie d'émoi et si désireuse de jouir de la magie de ce moment-là. C'est dorénavant mon rite, ma gouverne. Me faire violence mais ne pas ouvrir les yeux. Trembler au son de ta voix, frémir de sentir ton odeur, gémir sous la paume de tes mains. C'est en aveugle que je goûte cette indicible volupté. Comme si le noir décuplait mes vertiges.
Je ne me souviens plus que de ta main qui se pose sur ma taille. Debout et tremblante je te frôle et t'attends. Cachée derrière la porte mais déjà enivrée de la peur de tes punitions.
Pur et honteux plaisir de t'obéir. Je me contrains à m'exécuter sans la moindre discussion, preuve s'il en est de ma soumission.
Tes phrases sonnent fort, et tu te gardes bien de les agrémenter d'un "s'il te plaît" ou d'un "merci".
T'obéir sans barguigner.
T'obéir le souffle court, submergée par l'émotion de respecter tes impérieuses volontés.

Le temps nous appartenait.
Foin de l'urgence et de la précipitation des fugitives rencontres. Nous avions trois jours et nous le savions.
C'est loin de la douleur mais dans la plus déterminée des soumissions que j'ai goûté tes caresses. Point de marque ou de liens mais un collier pour seule preuve de mon credo.
Tes mains, tes yeux et ton corps qui faisait ployer le mien en un tour de main, en un souffle d'air.
Je me prêtais à te l'offrir de la façon dont tu souhaitais en jouir.
Me pliant sur le champ aux positions que tu voulais me voir te vouer.
Gémir de ta tendresse en sentant ta poigne enserrer mon cou.
Il n'y aura pas de coups.
Il n'y aura pas de cris.
Pourtant et durant de longues heures c'est infiniment soumise que tu m'as prise.
Et c'est les yeux fermés que j'ai goûté cette servitude.
Celle du temps suspendu où sans lien j'étais captive, où sans coup j'étais domptée, où sans marque j'étais asservie.
Indicible plaisir de sentir au plus profond de moi que je t'appartenais.

Au commencement, il y a la première déraison

où M se rend chez celle qui est désormais sa soumise

Émotions à foison. Des peurs, des joies et aussi des frustrations et des déceptions.
Difficile changement. Nous avons rompu et nous nous couvrons d'émotions.

Le retrouver a été très troublant.
Envie, tension certes mais aussi sentiment. J'ai complètement submergée.
Je me suis cachée derrière la porte sans même vouloir ouvrir les yeux.
Plus tard, je n'aurais pas dû les ouvrir. Je n'aurais pas dû rompre la magie de l'instant.
Je n'aurais pas dû sortir de ce cadre si bien délimité.

Oui nous avons tout notre temps.
C'est important de ne point aller trop vite
Attendre est aussi un plaisir.
Il n'y a pas d'urgence.
Doucement. Il nous faut aller doucement.
C'est une question de rythme mais non de graduation.
doucement pour aller loin. Pour ne pas chavirer du l'autre côté de la barrière, ne pas chavirer hors de ce cadre si douillet.
La tension s'entretient. Il nous faut aller lentement.

Le début a été fulgurant. Enivrant.
Point de douleur mais sentir ton odeur, tes mains, t'attendre.
Parfois j'ouvrais les yeux à demi et je réprimais un sourire.
Heureuse d'être là contre toi.

Toi qui me positionnes. Lentement
J'attendais. J'aimais attendre. Attendre ces liens qui me liraient autant à toi qu'à cette chaise.
Les liens qui se font. Les liens qui me serrent contre toi. Sentir tes mains sur moi. Qui me maintiennent et qui me prennent.

Gingembre. Divin gingembre. Je me suis sentie fouillé et irradié. J'ai tremblé et me suis délecté de tes piqûres.
Fil qui venait me rappeler les lieux de certains plaisirs, qui venait me tancer et me lancer.
Diable que j'ai aimé ces moments-là.
Je n'osais pourtant pas te regarder mais je te sentais, je te respirais, je t'attendais, tu étais le gingembre, tu étais le fil, tu étais ce que je redoutais et ce que je désirais.

Déraison
J'ai mal aux seins
J'ai mal à la gorge d'avoir eu à t'accueillir si profondément.
Les oreillers sentent la menthe poivrée.
Et je suis bien.

Beaucoup d'émotions trop peut-être.
Je n'ai pas tout goûté à la hauteur de ce qu'elles méritaient.

Découvrir combien j'aime t'obéir.
C'est terriblement troublant.

Tes doigts qui se crispent sur mes seins.
Ta main qui me maintient quand je me tords de douleur.
Et te dire "encore" lorsque tu me l'enjoins.
Diable que c'était bon.

Douceur de l'amande puis brûlure de la menthe.
Envie de s'y soustraire et envie de se tendre.
Elle embrumait tout. Peu de souvenirs si ce n'est ton air amusé et ces flammes qui irradiaient.
Sensations lancinantes et profondes — Je me sentais t'appartenir.

La bougie m'a fait mal comme je n'avais jamais eu mal.
Quelques centimètres de plus en hauteur n'auraient sans doute pas été superflues.
Troublante émotion de sentir combien son plaisir était grand.
Troublante émotion de l'entendre s'étonner que j’aie accepté de me soumettre volontairement à la cire redoutée.

Trembler d'émotions parce qu'il me félicite de m'être bien préparée.
Chercher son approbation comme si mon plaisir en dépendait.

Je découvre combien je rentre dans ce moule — et avec quel plaisir.

Aimer lui obéir,
Vouloir lui plaire.
Attendre ses encouragements.
Rechercher son éloge...
Intense jeu de séduction où j'entends me conformer à ses désirs.

Introduction & présentation


Gabrielle, soumise à M tient ses lignes dans le désordre et la déraison.
Peur et embarras.
Douleur et abandon.
Comme un navire qui chavire et qui se livre.
Mots, souffles chauds.
Plaintes et envie qu'elles ne cessent.
Prières muettes de souffrir de ses tourments.
Suppliques de s'y soustraire, supplique de s'en repaître.
Déraison et plus encore.
Déraison et cie.