Gabrielle uniquement

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mardi 26 septembre 2006

Supplique et débauche

Où Gabrielle musarde dans ses pensées.


Je ne sais trop si ce sont les souvenirs qui s'estompent.
Je devine aussi qu'ils s'enfouissent profondément pour se dérober à la narration.
Les mots encensent tout autant qu'ils trahissent.
Il est parfois surprenant de constater que pour des gestes identiques, certains parviendront à se décliner sur tous les tons quand les mêmes n'atteindront pas même une ébauche de balbutiement au prétexte — galvaudé mais non éculé — de la plénitude des sentiments.
Alors je le reconnais, à défaut de le clamer, que les silences ne signifient pas nécessairement  vacuité.
Et de silences à soupirs il n'y a qu'un pas.

Je ne sais si ce sont les souvenirs qui s'estompent.
Parfois ils sont si enchevêtrés qu'ils sont inextricables.
Je me souviens du lit et des liens qui me liaient à lui.
Je me souviens du lit contre lequel mes cris s'étouffaient parce que, décidément, ce sont les silences et les soupirs que j'aime.
Je ne me souviens de ce qui les provoquaient.
Sa main, peut-être.
Oui, sa main, je souhaite que ce soit elle.
Et qu'elle soit nue.
Rien ne brise mieux les silences que les percussions des corps à corps.
Peau contre peau.
Cuir tendu contre main forte.
De sa main que je désire tant je ne suis plus très sûre.
Mais de sa voix, elle je m'en souviens bien.
Elle a vibré dans l'air comme mon corps sous sa battue.
Elle a sonné comme le chant de l'oiseau de proie débusque sa proie
      « Tends-toi »
Et je l'ai goûté comme la plus énivrante, la plus envoûtante des voluptés
De sa main je ne suis pas sûre.
Mais sa voix, elle, elle résonne encore.
Etourdissante vibration de plaisir.
D'abord de l'entendre puis de lui obéir.
Par pitié, débauchez-moi encore...

Crédit photographique : celui que je nomme mon Galant

mercredi 6 septembre 2006

Les liens plus étroits encore

Ceux qui s'impriment, qui mettent en relief et isolent l'essentiel pour mieux l'offrir à l'autre


On ne peut tout écrire.
On peut décrire les mouvements. Ceux du corps et  même ceux de l'âme.
Furioso, Moderato Cantabile ou Largo Con Gran Espressione, tous les tempos se dictent.
On peut dire les couleurs. Le rouge, le noir et l'or.
On peut aussi esquisser les lueurs, celles qui déflorent la nuit et parent les corps.
On peut chanter les poèmes. Sur ton uni ou sur des cris.
On peut taire les rires et s'en souvenir intensément.
On peut fredonner les ravissements, les enthousiasmes et les exaltations.
On peut noircir de mots des pages entières.
Les raturer pour mieux les livrer.
Les caresser pour mieux les plier.

On dessine des traits.
On dore le cadre.
On brosse l'histoire comme d'autres brossent la poussière.

Sauf qu'un jour on sanglote après l'extase.
Sauf qu'un jour, les doigts noirs de l'encre que l'on a fait rouler sur le papier, on pose sa plume et puis bientôt sa tête dans ses bras.
Sauf qu'un jour on sait bien que l'on ne pourra pas dire les regards, dire les silences, dire les baisers et encore moins traduire ce qui est rire, joie, espoir et gravité à la fois.
Sauf qu'un jour on sait bien que l'on tait l'essentiel. On tait l'intense. On tait l'essence.

Insensée je suis peut-être. Intrépide sûrement.
Résolue incontestablement : si on ne peut tout écrire, cela ne veut pas dire qu'on ne peut le vivre.

Et sans doute mordre la poussière...